
QUESTIONS à
Quand le goût d’écrire vous est-il venu ?
Depuis toujours, dès que j’ai su lire, j’ai écrit des petites histoires, des romans, mais j’avais plus de trente-cinq ans lorsque mon premier livre envoyé fut publié. J’ai pris tout ce temps pour trouver ma voix : mon propre ton, mon tempo, mon rythme. Contrairement à La chambre des parents, mon premier roman de pure fiction, les livres suivants ont été influencés par ma vie.Avez-vous vécu, comme votre héroïne, une expérience de jeune fille au pair ?
Oui, j’ai été jeune fille au pair en Allemagne, mais j’étais plus âgée que Laura, vingt et un ans au début des années quatre-vingt, avant la chute du mur. Ce n’est pas pour autant autobiographique, mais le cadre m’était connu. Il était intéressant de relater cette expérience, se sentir étranger à soi-même et ne pouvoir communiquer.Votre thème privilégié semble être l’adolescence…
J’ai visiblement plusieurs thèmes sans en avoir conscience : tout ce qui est autour du lien, qui se fait ou se défait dans les familles, la société, le couple, comment on vit avec l’autre… et l’adolescence, période de l’existence qui perdure. Une période très importante, parce qu’on est dans l’entre-deux, le déséquilibre, le passage, c’est ce qui m’intéresse dans l’écriture, l’idée d’être entre deux états : l’avant-l’après, le dedans-dehors, la solitude et le besoin des autres. Tous nos liens sont faits de ce déséquilibre, de cette insatisfaction.L’année étrangère est aussi une année de deuil pour Laura…
Oui, le deuil est important. Cette impossibilité de dire et d’être entendu, c’est une métaphore de l’état de deuil où l’on est étranger à soi-même, où l’on perd une partie de soi, on est comme amputé. Le deuil et l’adolescence sont extrêmement liés dans la difficulté de communiquer.Êtes-vous en train d’écrire un nouveau roman?
Je ne peux pas encore en parler. J’ai un texte en cours depuis de nombreuses années qui me pose problème, alors j’écris autre chose ; chaque fois que je le reprends, je tombe à nouveau dans une impasse – et c’est ainsi que j’ai écrit L’amour est très surestimé et Une année étrangère. Je porte en moi ce roman inabouti. Il est très important pour moi. Mais peut-être ne me sert-il qu’à écrire d’autres livres ?Propos recueillis par Claire Geoffroy
EXTRAIT DE SA BIBLIOGRAPHIE
- Nico, Stock, 1999 (NB novembre 1999)
Laura parle de Nico, son jeune frère, de ses parents, d’un milieu familial inapte à toute éducation. Un roman d’initiation.
- Marée noire, Stock, 2004 (NB mai 2004)
Les difficultés d’une famille recomposée. Justesse de ton et retenue, simplicité du style.
- J’apprends, Stock, 2005 (NB octobre 2005)
Adolescence dans une famille modeste. Désarroi, peines et joie d’une enfant désarmée devant le monde adulte.
- L’amour est très surestimé, Stock, 2007 (NB mai 2007)
Onze histoires qui disent l’oubli, la perte ou la fin de l’amour. Une merveille d’acuité. Prix Goncourt de la nouvelle 2007.
Liste des analyses des oeuvres de l'auteur : Brigitte GIRAUD
Une année étrangère
Laura, dix-sept ans, décide de s'éloigner de sa famille, brisée après la mort accidentelle de son jeune frère, et part en Allemagne...
L'amour est très surestimé
& & & & Cette suite d’histoires, tels des extraits de journaux intimes, disent l’oubli, la perte ou la fin de l’amour ; ils passent...
J'apprends.
Petite fille, puis adolescente, Nadia absorbe comme une éponge tout ce qu'il faut apprendre à l'école : leçons de grammaires, poésies,...
