
L’idée de réécrire L’homme-Bonsaï, un album pour jeunes, sous forme de BD pour adultes était-elle en germe dès l’origine ?
C'est la deuxième fois que je transpose en BD dessinée par mes soins un récit d'abord écrit pour la jeunesse et illustré par François Roca. Dans les deux cas, je savais en les écrivant que ces histoires portaient en leur sein une autre tournure, qui n'avait pas sa place en jeunesse. J'avais une légère frustration…
La première fois, c'était avec Jeanne et le Mokélé (Albin Michel Jeunesse, 2001) devenue La Tendresse des Crocodiles (Seuil, 2003). L'histoire est sensiblement différente dans la BD puisque Jeanne Picquigny tombe enceinte et a un petit garçon à la fin de l'histoire.
Concernant L'Homme Bonsaï, j'avais dès le départ imaginé une passion amoureuse que je ne pouvais décemment pas intégrer en jeunesse, trop auto-destructrice, trop funeste…
D'où L'Homme-Bonsaï en BD chez Delcourt six ans plus tard…
Comment vous êtes-vous réapproprié l’histoire et son interprétation graphique ?
En reprenant L'Homme-Bonsaï en BD, je suis resté plus près de la structure narrative déjà complexe de l'album jeunesse parce que celle-ci s'y prêtait bien. En revanche de nombreux ajouts trop durs pour la jeunesse apparaissent dans le texte, les dialogues et les dessins.
C'est un défi très excitant de se ré-approprier sa propre histoire après avoir tant apprécié les magnifiques illustrations de François. Mais dans ce cas précis, j'avais dû l'aider à imaginer l'Homme-Bonsaï en lui faisant des croquis préparatoires car l'idée d'un "super héros" très inquiétant avec un petit arbre juché sur sa tête le laissait perplexe, voire lui semblait ridicule.
J'avais donc déjà imaginé physiquement le personnage principal. Ensuite la différence de dessin et de technique (pinceau et peinture à l'huile pour François, plume et encre de Chine pour moi) m'aide à oublier les illustrations de l'album jeunesse pour me plonger à mon tour dans l'aventure. François a bien sûr suivi toute la réalisation de la BD en m'encourageant. Il adore quand je fais ça, ça l'amuse autant que moi. Il a été très surpris quand il a vu que la peau du héros était passée à la couleur bleue…
Dernière énorme différence, un album jeunesse comporte environ 15 dessins contre 120 planches dans la BD, qui racontent aussi beaucoup par l'image.
Le personnage de Changaï Li, introduit dans la BD, ne joue-t-il pas un rôle important, offrant au héros une dimension plus humaine que fantastique...
Amédée le Potier rencontre nombre d'épreuves et de malheurs dans son existence sur les mers, lui offrir l'amour, la tendresse et la sexualité était la moindre des choses pour cette réécriture pour adulte. Grâce à Changaï Li, il devient autre chose qu'une machine de guerre vengeresse.
Cette relation lui apporte énormément de joie et de réconfort, même si ce bonheur n'a qu'un temps… Le personnage se trouve très attendri et soulagé de se savoir aimé. Avant sa rencontre avec Changhaï Li, il n'était qu'une curiosité qu'on utilisait et qu'on craignait.
Une chose m'amuse aussi : six ans après la sortie de l'album jeunesse, ses jeunes lecteurs sont désormais en âge de lire la BD. Je me demande si cela arrivera.
Auteur d’histoires pour jeunes, illustrateur de BD pour adultes… Est-ce le goût d’explorer différents registres de narration, comme dans cet album ?
En vérité, quand j'imagine une histoire je ne sais pas à qui elle s'adressera. Je l'écris d'abord pour moi, et une fois terminée, je m'aperçois qu'elle peut s'adresser aux enfants, ou pas. Mes parents ne me donnaient pas que des livres jeunesse à lire quand j'avais 10 ans. J'ai ainsi fait de belles découvertes en lisant un peu tout ce qui me tombait sous la main à l'époque.
Quant à mon dessin, j'ai vite remarqué que je devais faire pas mal de concessions pour m'adresser aux enfants avec eux, en revanche grâce aux illustrations de François, je peux écrire à peu près ce que je veux. Certaines histoires deviennent des BD, mais je sais aussi que d'autres pourraient devenir des romans, ou tout autre chose… J'ai écrit des débuts d'histoires que j'imagine sans dessin, juste les mots. Ce que j'aime par-dessus tout c'est raconter des vies et des destins de personnages hors du commun.
Liste des analyses des oeuvres de l'auteur : Fred BERNARD
Anouketh
Anouketh boude. Énervée, elle asticote une colonie de fourmis rouges. Ses amis, tout droit sortis d’une peinture sur le mur de...
Ursula vers l'amour et au-delà
Ursula, jeune femme polonaise adoptée dans son enfance par une famille française, trouve après l'adolescence un exutoire à son...
L'homme bonsaï
Seconde vie d’un héros imaginaire, né il y a six ans dans un livre d’images destiné à des lecteurs quasi adolescents, avec la complicité de...
Little Odyssée
& & & & Sur un fond légèrement bistré, le trait élégant d’un crayon gras campe des personnages attachants avec une douceur qui...
Rex & moi
Les gros mangent les petits, c’est bien connu. Et on trouve toujours plus grand que soi. C’est l’expérience que font les dryosaures (lézard...
Lily Love Peacock
& & & Nouvelle perle de la collection Écritures, ce roman graphique déroule au long de ses presque trois cent pages l'histoire d'une...
Uma, la petite déesse
& & & Uma, ravissante petite Indienne, est choisie pour devenir la nouvelle déesse. Vénérée par tous, elle ne doit plus toucher le sol...
Cheval vêtu ; ill. de François Roca.
Noir, puissant, caparaçonné, un cheval traverse la plaine des pages de garde, à la recherche de trois myrtilles, la belle jument mustang. Il...

