
De la
basse-cour au bois, en passant par le jardin, l'ouvrage convie à une promenade
guidée par quelques unes des « Histoires naturelles » de Jules
Renard. Des textes courts originaux ne sont parfois retenus qu'un paragraphe ou
une conclusion, réussissant à rendre plus lapidaire encore les trouvailles d'un
auteur doué pour la concision. La formule fait mouche et laisse une large place
à l'illustration -- également pleine d'invention. Ainsi l'âne est décrit :
« Le lapin devenu grand », face à l'image composite laissant deviner
la part qui revient à chacun.
Le
dessin allie précision documentaire et surréalisme pour souligner la poésie et
l'humour des mots. Le papillon, « billet doux plié en deux »», vole
vers une plante où fleurit une boîte aux lettres. Les fourmis, qui
« ressemblent au chiffre 3 », composent à la queue leu leu le symbole
de l'infini. Les couleurs somptueuses sont mises en valeur par un épais papier
brillant au grain doucement irrégulier sous le
doigt. Elles apportent un supplément de sens : le rouge sur la
queue du paon le rend assurément plus suffisant, comme il scande les
ondulations du serpent (« trop long ») qui envahissent la double
page. Les plus jeunes s'amuseront de bien d'autres détails, les plus
expérimentés repèreront les références picturales des arrière-plans, comme ce
paysage de neige à
Un texte plein d'esprit, magnifié par l'image : on manque d'épithètes pour saluer cette réussite. Pour tous.
L'illustrateur:
Maurizio C.Quarello
Né en
1974 à Turin, il y a fait des études de graphisme, d'architecture et
d'illustration dans une école de graphisme publicitaire. Après de nombreuses
années à travailler dans les milieux de la publicité et de la peinture
naturaliste, il se consacre depuis 2004 à l'illustration pour les enfants.
Cette année-là, il a reçu le Prix Figures Futures au Salon de Montreuil,
ainsi que des prix à Bordano et à Strasbourg. En 2005, il a publié son premier
livre chez l'éditeur Orecchio Acerbo de Rome. Il a aujourd'hui de nombreux
livres à son actif, en Italie, France, Suisse et Espagne, et a reçu de
nouvelles récompenses. Il a participé à diverses expositions collectives en
Europe, dont l’ Exposition des Illustrateurs à
Du naturalisme au surréalisme
« Il
y a quelque chose qui cloche » ! Ce titre d’un livre de Guy Billout
publié par Harlin Quist explique à merveille le glissement qui fait passer du
réalisme au fantastique. Tout dans l’image est sensé rassurer : les
oiseaux sont des oiseaux, les chats des chats, les fourmis des fourmis et
« couac », un léger décalage, un détail incongru, une superposition,
une amplification... et l’univers bascule. Le relief d’un visage sculpté sur un mur ne capte pas particulièrement
l’attention : mais si l’oeil du personnage s’anime et lorgne en direction
d’un lézard qui musarde sur la pierre ensoleillée ? Le papillon détouré
est peint avec une précision d’entomologiste mais si les ocelles deviennent des
cadres de portraits ? Un trou de serrure sur la carapace d’un cafard et
une clé qui essaie d’entrer ? La planche de dessin échappe alors à sa
vocation documentaire.
L’étrange
surgit aussi de juxtapositions du vivant et de l’inanimé. Imaginez une tête de
coq surmontée d’un clocher et une girouette à laquelle manque précisément la
tête du coq ! Cette superposition crée l’effet spectaculaire d’une
architecture qui émerge d’une tête d’animal, tandis que la crête flamboyante du
coq évoque l’incendie, les « feux du soleil » dont parle le texte.
Les exemples peuvent se multiplier à l’envi, comme ce quartier de lune avec, à
une extrémité, un robinet qui goutte.... Tout existe mais rien ne colle.
D’une
« Histoire naturelle » à l’autre, l’image ne cesse de
surprendre : paysage pleine page où le détail vient s’inscrire, grands
espaces blancs qui libèrent le mouvement ou éclairent un animal, arrière-plan
de tableau à la manière des primitifs italiens, avec l’insolence d’un gros chat
endormi au centre.
Le style de M.C. Quarello s’apparente à celui de François Roca avec une recherche documentaire qui nourrit l’imagination, une parfaite maîtrise du dessin, une prédilection pour les couleurs chaudes, le rouge brique, les ocres, terre de Sienne, une capacité à frapper l’imaginaire proche de la publicité, un appel à l’intelligence du lecteur. La palette du peintre mélange les couleurs, la pâte est épaisse, sensuelle et les coups de pinceaux perceptibles, ce qui anime, réchauffe la perfection des images, compense l’arbitraire et l’ironie du surréalisme.
Liste des analyses des oeuvres de l'auteur : Jules RENARD
Histoires naturelles
De la basse-cour, au bois, au jardin, une promenade guidée par quelques unes des Histoires Naturelles de Jules Renard. Des textes courts originaux...

