
QUESTIONS à... Mohammed AÏSSAOUI
Comment êtes-vous devenu journaliste littéraire ?
J’ai suivi des études de sciences politiques à Nanterre,
axées sur l’économie puis je me suis intéressé à l’économie de la culture, un
secteur passionnant. Ces études m’ont conduit au journalisme, un métier que je
voulais faire dès l’enfance. Après plusieurs stages dans la presse écrite, le
Figaro m’a contacté et depuis 2001 je travaille au Figaro littéraire avec
l’envie d’ouvrir ces pages à un plus large public. Je lis quatre à cinq livres par
semaine en y ajoutant des classiques pour rattraper le temps perdu !
Comment en êtes-vous arrivé à écrire un récit sur un esclave
de la Réunion au XIXe siècle ?
Les circonstances ont fait que j’ai eu connaissance de ces
archives autour du procès Furcy mises en vente à Drouot. Quasiment personne ne
s’y intéressait, cela m’a même choqué et je me suis lancé à corps perdu dans
des recherches, à l’île de la Réunion, à Aix en Provence, à la B.N.F. à Paris,
un travail qui m’a pris quatre ans en parallèle avec mon métier de journaliste.
Je prends sur mes nuits.
Auriez-vous mis la même passion si le personnage de Furcy
avait été moins sympathique ?
Cela, je ne saurais vous dire mais c’était inouï de
rencontrer autant de personnages forts : que ce soit Gilbert Boucher, le
premier à défendre Furcy au risque de sa carrière, ou la mère et la soeur de
l’esclave, étonnantes de dignité et de courage elles aussi.
Comment votre manuscrit a-t-il été accueilli par les
éditeurs contactés ?
Plusieurs d’entre eux l’avaient retenu mais j’ai choisi
Gallimard.
Et pourquoi ?
Parce qu’ils m’ont imposé un travail de réécriture. Je
sentais que cette exigence serait bénéfique. Un regard extérieur compétent est
toujours nécessaire.
Vous joignez au récit une réflexion personnelle. Peut-on
dire que c’est un livre engagé ?
Je n’irais pas jusque là, non. Je me garde de tout
manichéisme. Quelle attitude aurions-nous eue à l’époque ? J’essaie de coller
au contexte d’une société forcément liée à l’économie. Mais c’est vrai qu’entre
les lignes on peut trouver des références à la Shoah, à la déportation ; rien
n’est dit, mais je parle des « Justes ».
Est-ce que beaucoup de gens réagissent à votre livre ?
Oui, j’en suis extrêmement surpris et ému. J’ai l’impression
de susciter beaucoup de questions et j’ai des contacts avec les descendants des
familles concernées.
En avez-vous un autre en préparation ?
Oui, c’est difficile d’en parler, mais peut-être sera-t-il à nouveau question d’archives et de recherches.
Liste des analyses des oeuvres de l'auteur : Mohammed AÏSSAOUI
L'affaire de l'esclave Furcy
Le 16 mars 2005, des archives concernant « L’Affaire de l’esclave Furcy », mises aux enchères à l’hôtel Drouot, sont achetées...

