
Comment se lance-t-on dans un travail d'aussi longue haleine
?
Je suis un lecteur de Jean Raspail depuis longtemps, je suis
un familier de son univers, dans lequel, c’est vrai je me retrouve. C’est un
monde à part, fait de multiples destins individuels, de peuples perdus, de
personnages décalés dans le paysage du quotidien, de suivant sa formule «
nostalgie de ce que nous aurions pu être dans un autre monde et un autre temps
».Il y a aussi chez Raspail une quête de la beauté, un dessinateur se retrouve
là-dedans obligatoirement. Au départ je pensais adapter l’un de ses plus beaux
romans, Qui se souvient des hommes ?, la saga d’un petit peuple, les
Alakaluffs, perdus en Terre de Feu, à la pointe du monde, mais si c’est un
livre formidable ce n’était pas de
Comment avez-vous travaillé scénario et découpage ?
J’avais comme parti pris la fidélité. Loin du « adapter
c’est trahir » je me suis placé dans l’objectif d’une traduction du roman en
BD. Comme dans une traduction, le « littéral » n’est pas la bonne voie, il
fallait chercher ce qui serait la part du dessin, du dialogue, ou de la voix
off que j’ai maintenue- en BD, c’est un regard extérieur qui donne le ton du
récit. La difficulté d’une adaptation, c’est que deux lignes de texte peuvent
demander deux pages de dessin : résultat, on donne à la scène dans l’album une
place qui n’est pas dans le livre, on la surdimensionne, et il vaut mieux
l’enlever. Je tenais à conserver une qualité d’écriture, des dialogues qui
font, je crois, le ton particulier de cette série.
Modifiez-vous les séquences en les réalisant ?
Oui la réussite d’une adaptation passe par l’appropriation
totale de l’oeuvre. En avançant, j’ai de moins en moins préparé le découpage, le
dessinant comme si je l’écrivais. Je me suis « raspaillisé ». Jean Raspail dit
en plaisantant, mais c’est un véritable compliment : « Je ne sais plus où est
Terpant ou est Raspail, c’est une oeuvre de Terpail et Raspan ! ».
Quelle est votre technique de dessin ? Combien de temps
passez-vous en moyenne sur une planche ?
C’est variable suivant la planche, mais entre trois et
quatre jours, Je pratique ce que l’on
appelle dans notre métier « la couleur directe » c’est-à-dire que la planche
est peinte, mais je conserve tout de même le « cerné noir » propre à
Vos dessinateurs coups de coeur ?
C’est très large, je voue toujours un culte à Moebius dont
la palette est sans égal et qui a amené cette couleur directe, mais j’aime
aussi Frank, Legall, Plessis, Juillard, Lepage etc…
Liste des analyses des oeuvres de l'illustrateur : Jacques TERPANT
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